Comprendre la vacuité avec Nâgârjuna
"Aussi profond que soient les enseignements du Dharma,
je fais le vœu de les étudier tous."
Puisqu'il était question d'étudier le Dharma, je me suis plongée dans la pensée et la logique nâgârjunienne.
Pour moi, c'est plutôt un Everest que j'escalade méthodiquement, laborieusement, avec l'impression de n'en comprendre que la surface.
"La causalité efficiente de la nécessité est la forme d'une détermination, comme nous essayons de le démontrer, qui peut parfaitement être assimilée au principe de non-substantialité; si l'on veut bien admettre [...] que le devenir contingent de l'être soit synonyme de non-être"... Vivenza p.91
Mais ma volonté est sans faille et chaque jour mes trajets en métro lui sont consacrés.
Une poignée de pages chaque jour, parfois un paragraphe lu plusieurs fois, marmonné aussi, pour essayer de le pénétrer davantage. Mais rien n'y fait, une seconde lecture semble indispensable pour saisir cette logique si étrangère à la nôtre.
"La causalité efficiente de la nécessité est la forme d'une détermination, comme nous essayons de le démontrer, qui peut parfaitement être assimilée au principe de non-substantialité; si l'on veut bien admettre [...] que le devenir contingent de l'être soit synonyme de non-être" !
Impermanence, vacuité, critique de l'être
Le point central consiste en la critique de l'être. Nul être et nul non-être ne peuvent être affirmés. Nulle substantialité ne peut découler de l'observation des phénomènes.
Nâgârjuna veut en revenir à l'enseignement premier du Bouddha: l'impermanence de toutes choses, or la substance implique la permanence.
"S'il n'est pas de permanence, il ne peut y avoir de production ni de cessation. Comment dès lors production, permanence et cessation pourraient-elles ultimement exister ?"
La précieuse guirlande des avis au roi p.65
Du fait de l'impermanence de toutes choses, on ne peut que conclure à l'absence de nature propre, d'être-en-soi.
C'est cette absence de nature propre qui définit la vacuité. Tout est vide de nature propre.
Nul étant ne peut trouver sa propre cause en lui-même puisque tout est interdépendant, conditionné.
Donc rien ne possède son être, un être stable, immuable.
Nulle "Conscience" en arrière plan des phénomènes, ne peut être trouvée. Il n'y a qu'apparition et disparition.
Mais cette absence d'être n'est pas un néant, un non-être, qui deviendrait une nouvelle substance.
On ne peut rien bâtir sur ce vide. Être et non-être, ce "couple indissoluble" sont pareillement inexistants:
"La clarté absolue de diffère en rien de l'obscurité absolue" Vivenza p.93
"Nâgârjuna, moine bouddhiste du siècle originaire d'Inde, est renommé pour être le fondateur de l'école philosophique dite du " Milieu ".
Le rayonnement de sa pensée lui permet d'occuper une place de premier ordre à l'intérieur du bouddhisme Mahâyâna, à tel point que le bouddhisme tibétain, le Ch'an et le Zen le considèrent comme l'un de leurs principaux maîtres. Dans le Traité du Milieu, son principal ouvrage, Nâgârjuna affirme que le principe de vacuité fonde la réalité, c'est-à-dire qu'il en est la loi essentielle, intime.
Pensée " du tréfonds de la non-pensée ", selon la célèbre expression de maître Dôgen, la vacuité est une pratique concrète du non-attachement, une discipline effective de la mise à distance.
Rendre perceptible l'imperceptible vérité, comprendre que tout échappe à la compréhension, c'est là le sens réel de la voie du Milieu, que Jean-Marc Vivenza, philosophe, explore avec talent."



