Méditer avec Ajahn Brahm
Dans le monde du bouddhisme, je découvre en ce moment le Théravada, c'est-à-dire la "doctrine des Anciens" aussi appelé parfois, de manière un peu condescendante le "Hīnayāna" ou "Petit véhicule" par opposition au "Grand véhicule": le Mahayana.
C'est la forme de bouddhisme dominante en Asie du Sud et du Sud-Est.
Je l'explore donc à travers l'enseignement d'Ajahn Brahm, dans son livre : Manuel de méditation selon le bouddhisme theravada.
Ce livre est vraiment très clair et décrit, dans sa première partie, les différents stades de la méditation, étape par étape, jusqu'à Jhana (la béatitude) :
- Premier stade: la vigilance à l'instant présent
- La vigilance silencieuse à l'instant présent
- La vigilance silencieuse sur le souffle, à l'instant présent
- La vigilance pleine et soutenue sur le souffle
- La vigilance pleine et soutenue sur le souffle magnifique
- L'expérience du magnifique nimitta
- Jhana
Chaque empêchement qui peut survenir lors de la méditation est détaillé. Il y a par exemple le désir des sens, la malveillance, la paresse, la torpeur, l'agitation, le remord ou le doute.
Ajahn Brahm fournit, pour chacun, des moyens habiles pour les dépasser.
Il conseille en outre quelque chose que j'ai trouvé tout à fait original: il s'agit d'établir un gardien de la méditation.
"Un méditant avisé ne se contente pas de prêter attention à tout ce qui va et vient dans son esprit, il doit se souvenir des consignes et les appliquer avec diligence. par exemple, il y a une instruction bouddhique portant sur "l'effort juste", sixième facteur de l'octuple sentier. Quand le méditant avisé qui pratique la vigilance observe un état d'esprit malsain qui tente de faire irruption, il essaie d'arrêter cette souillure de l'esprit. Et si elle survient réellement, il tente de la chasser. les états d'esprit malsains comme le désir sexuel ou la colère sont comparables à des cambrioleurs ou à des escrocs à la voix doucereuse, qui vous volent votre paix, votre sagesse et votre bonheur. Il faut donc tenir compte de ces deux aspects de la vigilance: être attentif, et se souvenir des instructions. [...]
Les gardiens que nous établissons pour développer la vigilance seront attentifs aux instructions que nous leur donnerons: pleinement attentifs aux instructions, ils seront capables de s'en souvenir et de les appliquer avec diligence. [...]
Au début de la méditation, n'oubliez pas qu'il y a un gardien à l'intérieur de vous - quelque chose qui est conscient de ce qui se passe et qui se souvient des instructions. Dites au gardien quelque chose comme :"maintenant, il faut être vigilant à l'instant présent". Dites cela au gardien trois fois de suite: la répétition aide à se rappeler" p.59-60
Cette idée du gardien me surprend car ce gardien me semblait être une part de l'ego, du mental, dont il s'agissait de desserrer l'étreinte.
Et puis ce jugement :"état d'esprit malsain", "souillure de l'esprit", concernant les pensées m'étonne.
J'ai cependant mis en oeuvre ces instructions lors du zazen d'hier soir et je l'ai trouvé singulièrement différent de mon approche habituelle, enseignée par Deshimaru et le zen sôtô de manière générale. Une notion sur laquelle l'accent est mis dans le zen est MUSHOTOKU: c'est-à-dire pratiquer "sans but ni esprit de profit".
Ici, zazen n'est pas sans but, le but est très clairement d'obtenir l'éveil. C'est une méditation très active en un sens, je l'ai ressenti ainsi:
M'appliquant au premier stade: l'attention au moment présent (sans m'égarer dans le passé ni dans les pensées de l'avenir, juste rester présente à l'instant), j'ai ressenti clairement que le gardien faisait bien son boulot: je ne m'égarais pas bien longtemps loin d'ici et maintenant.
Mais au lieu d'être "tout accueil", je me sentais active dans cette vigilance. Je ne me permettais plus cet abandon délicieux auquel je suis habituée, cet abandon à la pratique qui pratique elle-même, à la posture libératrice qui me demande simplement de ne RIEN FAIRE, sans alimenter mes pensées.
Enfin, à la fin de la méditation, il conseille encore de prendre quelques minutes pour faire le bilan de cette méditation.
Cette vigilance exige un effort au début. Tel un muscle, elle va aller se fortifiant, pour plus tard autoriser ce lâcher du spectateur. Je suis sortie de la méditation assez essorée, mais la vigilance a persisté longtemps après mon départ et dure encore...
C'est une grande chance de trouver cet enseignement précis. car je n'ai pas de maître à qui adresser mes questionnements et à qui demander si je me fourvoie dans des états illusoires.
"Lorsque le disciple est prêt, dit-on, le maître arrive". Cet enseignement tombe à point nommé pour me permettre d'approfondir la pratique!
Présentation de l'éditeur
Cet ouvrage de référence décrit la méthode progressive qui permet d'aborder la méditation du bouddhisme Theravada, école adepte d'une "religion sans dieu", et dont le seul "livre sacré", aux dires de l'auteur, est l'expérience méditative elle-même. On trouvera ici l'enseignement de la technique reine du bouddhisme originel : le dhyana (ou "jhana" en pali). Ce livre s'adresse tant aux débutants qu'aux méditants confirmés. Chacun y trouvera aussi bien des conseils et des recommandations utiles (dans la première partie du livre), qu'une perspective de la voie bouddhique selon le Theravada dans toute sa profondeur métaphysique (dans la seconde partie). Le mode de pensée et d'écriture d'Ajahn Brahm, précis, rationnel, pragmatique, et en même temps vivant et non dépourvu d'humour, est très adapté aux Occidentaux. A la fois érudit et pratiquant de très haut niveau, Ajahn Brahm a fréquemment recours aux comparaisons éclairantes. Il évite délibérément le syncrétisme simpliste pour rester dans la droite ligne du Theravada, héritier de la rigueur et de la richesse de ce qui fut probablement le Dharma originel.
Biographie de l'auteur
De son vrai nom Peter Betts, né à Londres le 7 août 1951, Ajahn Brahm est un moine anglo-australien de formation scientifique, disciple du fameux moine de la forêt thaïlandais Ajahn Chah auprès duquel il va étudier le dharma pendant près de neuf années. Moine depuis plus de 30 ans maintenant, Ajahn Brahm est un maître spirituel très estimé et l'abbé d'un des plus grands monastères de l'hémisphère sud (en Australie) dans lequel il accueille régulièrement des milliers de chercheurs du monde entier.



