Avis de recherche: un bouddhiste amoureux ?
En ce moment, et comme l'année dernière à la même époque, je m'intéresse à la notion de non-attachement.
J'ai beaucoup souffert l'année dernière de ce que je nommais l'indifférence de mon homme, à un moment difficile où la maladie et la possibilité de la mort d'un être cher venait de faire irruption dans ma vie.
Voici une distinction éclairante que je viens de trouver:
"Le détachement peut impliquer de ne pas se sentir concerné, d'être froid et distant.
Mais au sens bouddhiste, le non-attachement signifie avoir une attitude équilibrée, qui ne s'accroche pas.
Avec l'attachement, nous nous soucions des autres parce qu'ils nous font plaisir. Ils nous font des cadeaux, des compliments, nous aident et nous encouragent.
Avec l'amour, nous voulons que les êtres sensibles aient le bonheur et ses causes, tout simplement parce qu'ils sont des êtres vivants comme nous.
Quand nous sommes attachés aux autres, nous ne les voyons pas tels qu'ils sont, et par là nous en arrivons à attendre d'eux beaucoup, pensant qu'ils devraient être comme ci et faire cela. Puis, s'ils ne se montrent pas à la hauteur de ce que nous pensions qu'ils étaient ou auraient dû être, nous nous sentons blessés, déçus et nous nous mettons en colère. Quand nous aimons les autres, nous n'attendons rien en retour.
Nous acceptons les gens tels qu'ils sont et nous essayons de les aider, mais nous ne nous soucions pas du bénéfice que nous allons tirer de cette relation.
Le véritable amour n'est pas jaloux, possessif, ni limité à un petit nombre de proches et d'êtres chers. Mais il est impartial et on le ressent pour tous les êtres."
Notre société nous renvoie une certaine image du couple, de l'histoire d'amour. Il y est question de sentiments, d'émotions partagées. Cette image-là est profondément enracinée en moi.
L'expérience m'a bien sûr, fait comprendre que la fusion est impossible, que le couple est l'école de la solitude. Car c'est dans cet espace privilégié de l'intimité que l'on constate avec force cette distance infranchissable. Et c'est de l'acceptation de cet espace que naît le respect de la liberté de l'autre, indispensable à un amour moins égoïste.
Mais que reste-t-il du couple lorsque l'attachement disparaît? Lorsque toute émotion s'évanouit. La frontière entre le non-attachement et l'indifférence est fine.
En reprenant la distinction ci-dessus, le non-attachement n'est pas froid et distant, l'émotion surgit mais n'enflamme pas le coeur.
Pas d'amour-passion dans le bouddhisme. Tristan et Iseult peuvent aller se rhabiller.
Il s'agit de cohabiter fonctionnellement, joyeusement, provisoirement...
L'amour cède la place à la compassion. La sentimentalité n'y a pas sa place
Lorsque j'observe mon "éveillé domestique", voici ce que je constate:
- La parole est peu importante lorsqu'elle porte sur les émotions, les sentiments: désirs, inquiétudes, projets, peurs... le laissent indifférent.
- Partager sa vision du monde est son principal centre d'intérêt, sa priorité.
- Les émotions fréquentes de la relation amoureuse ne le traversent pas (peur de perdre l'aimé, jalousie): Si l'aimé est là, tant mieux, si, insatisfait ou attiré ailleurs, il le quitte... tant mieux aussi ! Tout cela est perçu comme le jeu des phénomènes, la danse des êtres et des choses. Impermanence, vide d'être, non substance...
- Il n'est pas spécialement passionné par ses enfants. Ils sont, certes, une source de joie, mais souvent un inconvénient, un dérangement.
Lama Lhundroup insiste sur le fait que "L'amour nous rend curieux, il s'intéresse à l'autre, à sa vie intérieure. Il nous apporte chaleur humaine et affection". L'amour de mon éveillé domestique est donc teinté d'indifférence, mais nul n'est parfait !
Face à cette tournure psychologique, ma tendance première a été la colère puis la tristesse, exactement comme décrit ci-dessus. Maintenant, le renoncement prend le relais. Un renoncement glacé, une paralysie des sentiments.
Je conçois, intellectuellement parlant, la beauté qui peut émaner d'une forme d'amour universel, je reconnais que j'aime mal, mais j'ai le plus grand mal à accepter d'être aimée "froidement".
Lama Lhundroup précise que "la dissolution des attachements, dit l'attachement égocentrique, est toujours liée à la manifestation des qualités telles l'amour, la sagesse, la compassion, l'humour, le courage, la joie, la patience, la générosité, etc.. "
Tandis que l'indifférence me guette à mon tour, il me semble indispensable d'apprendre à cultiver l'amour-compassion afin de retourner auprès des vivants...
"L'amour disparaît si nous voulons le retenir, mais il se laisse découvrir lorsque nous nous ouvrons.
L'amour véritable est désintéressé, il ne veut rien pour soi. Il donne sans attendre quoi que ce soit en retour.
L'amour sert les autres en toute liberté. Il est comme une main tendue qui porte et donne. Et on ne la retire pas parce que l'autre n'est pas tel que nous l'espérions et ne nous donne pas ce que nous attendions.
L'amour nous transforme. Il nous aide à nous ouvrir à nos douleurs et à nos confusions.
L'amour demande du courage et de la persévérance. Il nous permet de supporter les moments où nous sommes complètement perdus. Il nous permet d'abandonner notre territoire et de lâcher nos attentes.
L'amour nous rend curieux, il s'intéresse à l'autre, à sa vie intérieure. L'intensité de l'ouverture, pleine d'amour, envers un partenaire intime, est une aide qui permet de plus en plus d'ouverture envers les autres êtres.
Un tel amour donne de la force et de l'inspiration à tous ceux qui entrent en contact avec nous."
Une interview intéressante de Lama Lhundroup sur Relation de couple et Bouddhisme


