Se désarmer: la Voie est-elle un combat?
Lors d'une soirée de zazen avec un groupe d'amis chrétiens, ceux-ci m'on fait découvrir un témoignage touchant du Patriarche Athénagoras, que je ne connaissais pas.
Il faut mener la guerre la plus dure contre soi-même.
Il faut arriver à se désarmer.
J’ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible.
Mais je suis désarmé.
Je n’ai plus peur de rien, car l’amour chasse la peur.
Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison,
de me justifier en disqualifiant les autres.
Je ne suis plus sur mes gardes, jalousement crispé sur mes richesses.
J’accueille et je partage.
Je ne tiens pas particulièrement à mes idées, à mes projets.
Si l’on m’en présente de meilleurs,
ou plutôt non, pas meilleurs, mais bons, j’accepte sans regrets.
J’ai renoncé au comparatif.
Ce qui est bon, vrai, réel, est toujours pour moi le meilleur.
C’est pourquoi je n’ai plus peur. Quand on n’a plus rien, on n’a plus peur.
Si l’on se désarme, si l’on se dépossède,
si l’on s’ouvre au Dieu-Homme qui fait toutes choses nouvelles,
alors, Lui, efface le mauvais passé
et nous rend un temps neuf où tout est possible.
Patriarche Athénagoras
Extrait de : Dialogues avec le patriarche Athénagoras par Olivier Clément
Ce texte me parle surtout d'un lâcher-prise après des années de lutte et me fait humer le parfum de la vie lorsque l'on est désarmé, lorsque le combat est devenu inutile.
Pour moi, il ne s’agit pas de combattre mais de voir la peur, les crispations, l'attachement, les regrets, le "mauvais passé », de les accueillir, de les éclairer à la lumière de la sagesse, de les aimer au lieu de chercher à les supprimer.
Est-ce cette lutte féroce qui aboutit au lâcher-prise? Sans doute, puisqu'il y a abandon du combat.
Ce combat violent contre soi-même est-il nécessaire, indispensable? Je n'en sais rien.
Ce que je sais c'est que le" bon, le vrai, le réel", n'est pas atteignable par la violence. Violence envers les autres ou violence envers soi-même.
Ce fût toute la leçon du bouddha à ses premiers disciples lorsqu'il leur expliquait la stérilité de ses années d'ascèse extrême.
Pour moi, ce langage de guerre, d'effort violent de la volonté n'est pas juste et doit être abandonné.
La voie du Bouddha exige une discipline de chaque jour qui n'est pas une guerre: il s'agit d'éclairer ses illusions plutôt que les arracher.
L’effort nécessaire est un effort doublé de souplesse, d'ouverture, de sagesse.
Ce qui vient alors est décrit d’une manière lumineuse : c’est l'amour, le partage, la détente, la tranquillité (absence de peur), le "temps neuf".
Quel est donc le chemin?
Désarmement, dépossession, ouverture au "Dieu-homme" selon Athénagoras,
Acceptation, compréhension, compassion, selon le Bouddha.
Sur les moyens et le but du chemin, finalement, au-delà de cette vue qui peut sembler guerrière a priori, un chemin commun se dessine.
Merci Bernadette pour cette découverte!


