Face à la peur: adopter l'intrépidité du garuda

Lu ce matin dans Prendre un verre avec Bouddha de Lodro Rinzler:
"A bien y penser, l'espoir n'est qu'un corollaire de la peur Lorsque vous vous dites "J'espère que j'arriverai à l'heure au bureau", ce que cela signifie vraiment, c'est que vous avez peur d'être en retard. lorsque vous souhaitez que votre amoureuse vous aime autant que vous l'aimez, c'est qe vous craignez qu'il n'en soit pas ainsi. Quand un courriel s'annonce et que vous espérer recevoir la bonne nouvelle que vous attendez, une partie de votre esprit craint qu'elle ne soit pas aussi bonne que prévu. Lorsque vous braquez un regard inquisiteur sur l'espoir, vous voyez clairement qu'il est directement associé à la peur. [...]
Chacun de nous connaît la peur, même les grands maîtres bouddhistes. la peur est un état émotionnel, comme les maîtres bouddhistes sont humains, ils sont susceptibles d'y succomber comme tout le monde. En fait, ils la ressentent aussi puissamment que l'on ressent l'amour, la jalousie, le désir. mais contrairement au commun des mortes, ils ne se laissent pas piéger par elle.
Le garuda* connaît lui aussi la peur . Mais c'est un maître guerrier, il ne se laisse pas intimider par elle. C'est pourquoi nous disons qu'il est intrépide. Lorsqu'il est face à la peur, il étudie d'abord sa nature, puis fonce sur elle tête la première, pour ressortir de ce plongeon libéré et aussi revigoré qu'après une bonne douche. Le garuda est capable de naviguer aisément sur la peur, car il sait que le monde est une entité fluide et changeante. Il ne s'ingénie pas à consolider ses opinions sur le monde, car il sait que tout change. Ainsi délivré de toute attente, il peut accueillir et affronter la peur; il peut même en faire une amie.
L'intrépidité, dans la tradition Shambala, consiste à travailler avec la peur lorsque celle-ci nous colle à la peau et à l'esprit. Elle nous exhorte à l'examiner d'abord, puis à la déconstruire. La question n'est pas de faire en sorte de la ressentir avec moins d'intensité, mais de s'engager dans un processus paisible de compréhension et, ensuite, d'utiliser la peur pour progresser dans la voie spirituelle.
Lorsque la peur apparaît, accueillez-la comme une vieille amie qui vient vous rendre visite après quelques années d'absence. Souhaitez-lui la bienvenue, essayer d'en apprendre le plus possible sur elle à chacune de ses visites, en vous disant qu'elle finira par s'en aller. Lorsque vous vous penchez ainsi sur elle, vous suivez l'exemple du garuda. Vous distinguez clairement la nature éphémère de la peur, autrement dit, son impermanence. Et vous êtes de moins en moins mal à l'aise et angoissé en sa présence." p.137-138

*Le GARUDA: Cet être mi-homme, mi-oiseau, aux bras humains, possède un corps robuste, large; son bec est puissant, ses serres coupantes. Comme il est né dans l'espace, il est prêt, dès qu'il ouvre les yeux, à s'élancer dans les airs.
Il ne se pose jamais sur le sol; il vole continuement au-dessus du monde. C'est de ces hauteurs qu'il observe d'un oeil perçant la Terre qui se déroule en contrebas.
Le garuda s'élève dans les airs et se détache de la terre. Il est si haut que ses amis et ses ennemis se confondent, comme une armée de fourmis. Il ne peut les distinguer les uns des autres.
De toute façon, il ne le veut pas car il enveloppe tous les êtres dans la même compassion. Il offre son coeur sans réserve, sans se préoccuper de ce que l'on dit de lui.

