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Sur le chemin de la simplicité ...
30 septembre 2014

Lecture d'été: Dans les forêts de Sibérie

Dans-les-forêts-de-Sibérie

L'automne est arrivé et avec lui ce dernier billet sur mes lectures d'été: Dans les forêts de Sibérie.

C'est avec une pensée pour son auteur, Sylvain Tesson, que j'écris ces lignes, tandis qu'il se remet doucement d'un grave accident il y a un mois.

Depuis longtemps, l'envie de découvrir ce livre m'habitait. J'avais à l'esprit une version moderne du livre de Thoreau, Walden, qui m'a tant inspirée et qui, pour commencer m'avait mise en marche, seule, sur les chemins de Compostelle.

Sylvain Tesson, ancien compagnon d'aventure d'Alexandre Poussin, est à peine plus âgé que moi, j'avais hâte de découvrir le récit de son voyage immobile, seul pendant six mois dans une cabane au bord du lac Baïkal.

«Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.

Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. (Quatrième de couverture)»

Sylvain n'est jamais longtemps seul, il reçoit des visites régulières, il devient le maître - et le disciple! - de deux chiens et de mésanges qui font sa joie.
Il a surtout ses livres pour compagnons de route immobile. Le livre est drôle parfois avec des allusions inattendues à notre quotidien parisien. La langue est belle, les maximes souvent fulgurantes, le contact avec une nature sauvage de toute beauté lui inspire des pages magnifiques.

Mais l'homme est plein de failles, avec ses préjugés qui l'accompagnent jusqu'en Sibérie, sa consommation exhutoire de litres de Vodka dont il se saoule allégrement pour fuir les difficultés de son quotidien, fuir les émotions trop fortes, fuir le monde... Bien que témoignage sincère, ce livre ne transforme pas son lecteur en profondeur, ne l'inspire pas. 

Cette vie en cabane ressemble à un refus du monde, à un mépris du monde moderne - on sent poindre ça et là l'arrogance de l'auteur et une profonde misanthropie - ce qui en limite la portée. L'armure se fêle cependant lorsque la femme qu'il aime lui annonce qu'elle le quitte, et les pages sur son chagrin sont poignantes.

Quelques extraits pour goûter à son écriture:

Sur la vie « en cabane » :

« Enfermé dans son cube de rondins, l’ermite ne souille pas la Terre. Au seuil de son isba, il regarde les saisons danser la gigue de l’éternel retour.
Privé de machine, il entretient son corps. Coupé de toute communication, il déchiffre la langue des arbres. Libéré de la télévision, il découvre qu’ une fenêtre est plus transparente qu’un écran. Sa cabane égaie la rive et pourvoit au confort.
Un jour, on  est las de parler de « décroissance » et d’amour de la nature. L’envie nous prend de quitter la ville et de tirer sur les discours le rideau des forêts.

La cabane, royaume de simplification. Sous le couvert des pins, la vie se réduit à des gestes vitaux. Le temps arraché aux corvées quotidiennes est occupé au repos, à la contemplation et aux menues jouissances. Lire, tirer de l’eau, couper le bois, écrire et verser le thé deviennent des liturgies. En ville, chaque acte se déroule au détriment de mille autres. La forêt resserre ce que la ville disperse. » p.42-43

Quelques réflexions sur les ermites :

« Les sociétés n’aiment pas les ermites. Elles ne leur pardonnent pas de fuir. Elles reprouvent la désinvolture du solitaire qui jette son  « continuer sans moi » à la face des autres. Se retirer c’est prendre congé de ses semblables. L’ermite nie la vocation de la civilisation, en constitue la critique vivante. Il souille le contrat social. Comment accepter cet homme qui passe la ligne et s’accroche au premier vent qui passe ? » p.58-59

« L’ermite se tient à l’écart, dans un refus poli. Il ressemble au convive qui, d’un geste doux, refuse le plat. Si la société disparaissait, l’ermite poursuivrait sa vie d’ermite. Les révoltés, eux, se trouveraient au chômage technique. L’ermite ne s’oppose pas, il épouse un mode de vie. Il ne dénonce pas un mensonge, il cherche une vérité. Il est physiquement inoffensif et on le tolère comme s’il appartenait à un ordre intermédiaire, une caste médiane entre le barbare et le civilisé. »  p. 148

De la solitude :

« De mon duvet, j’entends crépiter le bois. Rien ne vaut la solitude. Pour être parfaitement heureux, il me manque quelqu’un à qui l’expliquer. » p. 146

« 4 juillet
Le luxe ? C’est le déploiement devers moi de vingt-quatre heures, offertes chaque jour à mon seul désir.
Qu’est-ce que la société ? Le nom donné à ce faisceau de courants extérieurs qui pèsent sur le gouvernail de notre barque pour nous empêcher de la mener où bon nous semble. »

Des animaux :

« Qui peut être certain que la danse des moucherons dans le rayon du soir n’a pas une signification ?
Que savons-nous des pensés de l’ours ?
Et si le crustacé bénissait la fraicheur de l’eau sans aucun moyen pour lui  de nous le faire savoir et sans aucun espoir pour nous de le déceler ?
Et comment mesurer les émois des passereaux lorsqu’ils saluent l’aurore sur les plus hautes branches ?
Et pourquoi ces papillons dans la clarté du midi ne connaitraient-ils pas l’intensité esthétique de leurs chorégraphies ? 

« Le jeune oiseau n’a aucune représentation des œufs pour lesquels il construit un nid, ni la jeune araignée de la proie pour laquelle elle tisse une toile… » Schopenhauer in Le Monde…)
Mais qu’en sais-tu Arthur, d’où tiens-tu ta science en la matière, de quelle conversation avec quel oiseau t’es-tu pénétré pour avancer pareille certitude ?  Mes deux chiens se tiennent face au lac, clignant des yeux. Ils goutent la paix du jour, leur bave est action de grâce. Ils ont conscience du bonheur de se reposer là, au sommet, après la longue grimpée. Heidegger tombe à l’eau et Schopenhauer aussi. Plouf la pensée.
Je regrette qu’un philosophe héritier du vieil humanisme n’assiste pas à l’oraison silencieuse prononcée par deux chiots de cinq mois devant une faille de vingt-cinq millions d’années. » p.196

Le bilan de cette aventure :

« Je suis venu ici sans savoir si j’aurais la force de rester, je repars en sachant que je reviendrai.
J’ai découvert qu’habiter le silence était une jouvence. J’ai appris deux ou trois choses que bien des gens savent sans recourir à l’enfermement.
La virginité du temps est un trésor. Le défilé des heures est plus trépident que l’abattage des kilomètres. L’œil ne se lasse jamais d’un spectacle de splendeur. Plus on connait les choses, plus elles deviennent belles.
J’ai rencontré deux chiens, je les ai nourris, un jour ils m’ont sauvé.
J’ai parlé aux cèdres, demandé pardon aux ombles et pensé aux miens.
J’ai été libre car sans l’autre, la liberté ne connait plus de limite.
J’ai contemplé le poème des montagnes et bu du thé pendant que le lac rosissait.
J’ai tué le désir de l’avenir.
J’ai respiré l’haleine de la forêt et suivi l’arc de la lune.
J’ai peiné dans la neige et oublie la peine au sommet des montagnes.
J’ai admiré la vieillesse des arbres, apprivoisé des mésanges saisi la vanité de tout ce qui n’est pas révérence à la beauté…..
Une femme m’a dit adieu mais des papillons se sont posés sur moi. J’ai vécu les plus belles heures de ma vie jusqu’à la réception d’un message et les plus tristes ensuite. J’ai arrosé la terre de sanglots. Je me suis demandé si on pouvait obtenir la nationalité russe non par le sang mais par les larmes versées. Je me suis mouché dans les mousses.
J’ai vidé des litres de poison à 40° et j’ai aimé pisser devant la Bouriatie.
J’ai appris à m’asseoir devant une fenêtre. Je me suis fondu à mon royaume, j’ai senti l’odeur du lichen, mangé l’ail sauvage et croisé les ours.
J’ai quitté le caveau des villes et vécu six mois dans l’église des taïgas.
Six mois comme une vie.
Il est bon de savoir que dans une forêt du monde, là-bas, il est une cabane ou quelques chose est possible, situé pas trop loin du bonheur de vivre. »

Commentaires
A
Sylvain Tesson est un "stégophile" (j'ai appris le mot sur wiki) qui me fait doucement rigoler (il aime escalader les toitures, dans son cas essentiellement celle des cathédrales. Surnommé « le prince des chats » au sein d'un cercle d'acrobates, il passait des nuits entières sur des clochers et des flèches. Le 20 août 2014, il chute de près de 10 mètres en escaladant la façade d'une maison à Chamonix, alors qu'il séjournait chez Jean-Christophe Rufin avec qui il pratique l'alpinisme...). Il prône la vie simple et "naturelle" près du poêle qui crépite dans une vieille isba à contempler les beautés non souillées du lac baïkal, mais dans les faits il ne tient pas en place et a une véritable bougeotte qui me parait un peu pathologique ! Donc il y a en vérité une contradiction complète dans son être et son aspiration. « De mon duvet, j’entends crépiter le bois. Rien ne vaut la solitude. Pour être parfaitement heureux, il me manque quelqu’un à qui l’expliquer. » Oui il manque Dieu et donc personne ne peut croire à son bonheur esthétique mais pas très réel... Par ailleurs un véritable ermite n'est pas une personne qui s'isole afin de braver le monde et montrer qu'il peut s'en passer en lui faisant la nique (ça c'est à mon avis plutôt le fantasme de l'ego qui est désespéré et malade), mais une personne qui a compris que pour prier et aimer les autres il fallait des conditions propices afin de générer des qualités et les rendre au centuple en générant des nouveaux canaux spirituels. Et ça c'est pas forcément possible dans la vie moderne au milieu de fous, de personnes malades l'esprit en vrac et sans dessus dessous.
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S
Merci :)
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S
Alors, comment s'est passé le mois sans café ? :)
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Sur le chemin de la simplicité ...
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Le Livre de ma vie

par sainte Thérèse d'Avila

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