Difficile simplicité
Ekopédia donne la définition suivante:
« La simplicité volontaire (ou sobriété heureuse) est un mode de vie consistant à réduire volontairement sa consommation par la maîtrise des besoins. On parle aussi parfois de frugalité. L'objectif est de mener une vie davantage centrée sur des valeurs "essentielles". »
Ce choix de se centrer sur l'essentiel, de ne pas perdre de vue ce qui donne sens à notre existence, tout en vivant en plein coeur de la course à l'avoir de notre société de consommation est un choix à refaire régulièrement.
Bien sûr je peux limiter l'accès à mon cerveau aux publicitaires et aux as du marketing qui sondent l'âme humaine afin de répondre à nos désirs les plus enfouis. Désir de beauté, de séduction, d'amour, de bonheur finalement.
Je peux éviter les publicités télévisuelles - la télévision de manière générale - les prospectus en tout genre en apposant une étiquette "stop pub" sur ma boîte aux lettres. Éviter les centres commerciaux surtout en période de grande frénésie consommatrice (soldes, Noël, Saint-Valentin...) Mais en vivant à Paris, je ne peux pas me tenir à l'abri des panneaux publicitaires qui s'affichent dans le métro et tout simplement de l'envie qui peux naître à regarder les jolis sacs ou les vêtements stylés de mes collègues de bureau ou de mes amies.
Dans ces moments de faiblesse, il est bon de se rappeler pourquoi je fais le choix de ne pas courir après l’argent et les responsabilités professionnelles. Je fais le choix de travailler moins pour garder de mon précieux temps pour mes enfants, pour mon conjoint, pour moi-même. Je choisis de ne pas vendre plus de mon précieux temps de vie pour une paire de bottes supplémentaire ou un séjour au soleil en hiver.
Bien que les objets puissent nous procurer de la joie, une joie éphémère mais une joie réelle, le bonheur n'est pas dans les choses. Pour preuve: après un instant de plénitude, le désir pour un autre objet surgit et me lance dans la quête de ce nouveau "bonheur à portée de porte-monnaie."
La simplicité volontaire consiste donc à réduire, non pas tant ses besoins (qui sont les mêmes pour tous les êtres humains: besoins physiologiques, besoins de sécurité, d'appartenance, d'estime personnelle... cf pyramide de Maslow), que ses désirs qui eux sont théoriquement illimités... Un des questionnements premiers de la démarche de simplicité est donc d'apprendre à distinguer ce qui relève d'un besoin véritable de ce qui n'est que désir passager.
« Le monde est assez grand pour satisfaire les besoins de tous mais il sera toujours trop petit pour contenter l’avidité de quelques uns » Ghandi
Ainsi, la plénitude offerte par l'objet est provisoire, et bien sûr, parfois, je ne peux pas avoir accès à cet objet, et là, déception, frustration, insatisfaction m'envahissent. « Pourquoi mes collègues sont-elles propriétaires de leur logement, ont-elles un jardin et pas moi? Pourquoi leur mari gagne-t-il suffisamment d'argent pour leur offrir des voyages à chaque vacances ou les services d'une femme de ménage? Pourquoi pas le mien? » Perdre de vue mes vrais besoins amène bien vite de l’amertume. Je n’ai nul besoin d’une femme de ménage, juste que mon travail domestique soit reconnu et respecté. Il est l’occasion d’apporter ma contribution au bien-être de la famille et d’apprendre sur mon ego et mes limites.
Il s'agit de me rappeler pour quelles raisons et dans quel but je fais ce choix à contre-courant, ce choix qui bien que nommé "simplicité" n'est parfois pas choix de la "facilité". Parfois la fatigue me gagne et la tentation est grande de râler en lavant la énième couche de la Pépette jolie, en me lançant dans l’épluchage des légumes en rentrant du travail à 19h30, en étendant des kilomètres de linge.
Il y a aussi des arbitrages à faire entre le maternage tel que j’essaie de le vivre, les exigences de l’autosuffisance (faire moi-même le maximum d’objets dont j’ai besoin) , l’écologie (fuir le jetable), et mon épanouissement personnel.
Ces derniers temps, j’ai lâché un peu de leste : achat d’un bidon de lessive, usage de couches jetables la nuit pour les enfants pour éviter les odeurs d’ammoniac au réveil, achat de yaourts tout fait. Achat de vêtements pour les enfants et de livres pour moi (disponibles probablement à la bibliothèque du quartier)
Il s'agit d'être doux avec soi-même, de respecter ses limites, d'avancer à son rythme et de l'adapter à chaque époque de sa vie. Ce n'est pas un concours mais un souci de cohérence personnelle pour lequel je suis seul juge. Le témoignage des autres est une source d'inspiration, mais jamais un modèle car en cette matière on ne peut qu'inventer son propre chemin.
La simplicité volontaire n'est pas un but mais une démarche formidable qui nous ouvre l'esprit et remet en cause beaucoup de pratiques de nos vies, mais elle vise la liberté, la joie, l'épanouissement d'une vie respectueuse des êtres et des choses.


