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Sur le chemin de la simplicité ...
8 avril 2012

Crise de foi

Jesus_christ

Je vis une crise spirituelle profonde. Un moment de grand bouleversement intérieur. Une révolution.

Ces dernières années, je vivais dans une tension insoluble entre le coeur et la raison.

La raison tout d'abord, à la suite de l'enseignement de l'advaita vedanta, me poussait à reconnaître l'existence d'une Conscience absolue, d'une Personne immanente qui m'avait ramenée au christianisme..

Je ne pouvais cependant franchir le pas d'accorder à cette conscience les attributs d'une personne, éprouvant des sentiments humains (colère, joie, amour) et jugeant nos actions - récompensant les justes, bannissant les méchants.

Je ne pouvais tout simplement pas accepter un Dieu préoccupé de nos états d'âme.

Le coeur en revanche, s'obstinait à s'adresser à Dieu, à se croire profondément lové au sein d'une main divine aimante et bien intentionnée.

Cette tension intenable s'est finalement résolue. La raison est la plus forte.

Je ne suis plus sûre de pouvoir encore me dire chrétienne.

Je ne crois plus en l'enseignement de Jésus: je ne crois pas que Dieu soit mon Père. je ne crois pas qu'Il m'aime.

Si absolu il y a, je le crois plutôt impersonnel et indifférent à la destinée humaine.

Pourtant, je ne peux pas m'empécher de m'adresser à mon créateur, de manière irrépressible.

Je parle au silence.

J'adresse ma prière à l'Inconnu.

Le désir de vérité, de vivre en vérité et en cohérence est plus fort que le désir de croire en la bienveillance divine, en l'amour divin. Dieu sait pourtant à quel point j'ai, comme tout un chacun, envie d'être aimée !

Ce bouleversement intérieur aura probablement de profondes répercussions sur mon cheminement, sur ma manière de concevoir l'existence. Mais je suis ouverte à l'inconnu et je reste confiante.

Je ne rejette pas la foi chrétienne avec une colère désenchantée. Elle me quitte voilà tout.

Commentaires
D
"j’aspire davantage aujourd’hui à faire surgir en moi une énergie qui explose mes sécurités illusoires".<br /> <br /> <br /> <br /> Mais d'où vient l'énergie ? Il y a 2 aspects je pense. L'énergie brute vient de nos perturbations, qu'il faut voir en face. Cependant, pour que ces perturbations se transmutent en sagesse éveillée, il faut avoir le coeur ouvert. Il y a plein de méthodes, certes, mais celle qui est de loin la plus efficace consiste à aimer un autre être. C'est pour cette raison que les chrétiens parlent de l'amour trinitaire. Le Saint-Esprit c'est la Shakti universelle, et il surgit de l'amour que le Père a pour le Fils. Cet amour qui fait naître la Shakti, ils le déclinent en 2 modes possibles, aimer Dieu et aimer son prochain. C'est en réalité le même amour qui est juste décalé d'un étage. Car l'amour du prochain est chez eux assez spécifique : c'est la Charité. Nous sommes riches de quelque chose et nous rencontrons un prochain qui est pauvre de cette chose. La charité est l'amour le plus élevé, qui permet de faire don de notre richesse en considérant l'autre comme un égal. Cet amour fait jaillir en nous la Shakti. Tu noteras que formulé comme ça, notre prochain peut être riche d'une autre chose, et dans ce cas c'est nous qui sommes le pauvre, nous devons alors percevoir sa charité et cultiver la reconnaissance, ce qui fera naître aussi la Shakti.<br /> <br /> Le bouddhisme a une perspective très semblable avec la compassion (seule motivation vraiment correcte), et si on lit bien, on note que les relations personnelles sont fondamentales. Dans "Les maîtres de la grande perfection", il y avait l'exemple d'un tulkou de 6 ou 7 ans, qui voulait absolument aller chez un autre maître, qui avait été son disciple dans sa vie antérieure. Les parents ne voulaient pas, un lama leur a dit "Si vous ne l'autorisez pas, il mourra". Les relations entre maître et disciple sont incroyablement intenses, absolues, tout en laissant la liberté totale. Les cathos n'ayant ni maîtres ni disciples, ils ont simplement reporté ce modèle sur le Père et le Fils (je lisais l'autre jour un livre qui expliquait précisément leurs rapports, l'amour absolu du Père qui donne tout au Fils, du Fils qui donne tout pour le Père, leur proximité totale, qui contient en même temps leur séparation totale au moment de la Passion sans que cette séparation casse la relation, au contraire elle ne fait qu'augmenter l'amour... enfin bref, un truc tellement puissant que ça me fait sauter la tête de méditer dessus), et ensuite entre le Fils et nous (le Fils étant en réalité l'archétype parfait du Maître), et plus bas, entre nous et notre prochain dans le besoin. Et de cette amour surgit l'énergie qui met en mouvement l'univers. <br /> <br /> Donc certes, tu peux, à la mode zen, regarder la lune, la nature, et ressentir l'amour dans ton coeur. Mais si tu te tournes plus précisément vers les êtres, c'est quand même un tout autre amour qui surgit. Il ne faut rien en attendre bien sûr, l'amour est sa propre récompense. Evidemment ça fait peur, parce qu'on se rend vite compte que tout l'amour qu'on a en nous, personne ne va nous le rendre (quoique, on peut avoir des surprises), en fait il est tellement énorme que c'est à tomber par terre. Si on lui donne vraiment libre cours dans notre imaginal, en imaginant des êtres qui s'aiment d'un amour absolu, sans limites (pas si facile, mais on est porté à ça, quand même, alors ça vient), on se rend compte que le monde, avec tous ces gens qui disent aimer les autres, c'est une véritable mascarade. Il y a en eux une instance qui a soif de l'amour absolu, mais elle est soigneusement enchaînée dans la cave, parce que c'est trop effrayant. Un jour je l'ai laissée s'exprimer avec la femme de mon meilleur ami qui me semblait tellement une pauvre petite chose, et la seule idée que j'avais derrière la tête c'était de les réconcilier, il était impensable d'imaginer autre chose. J'ai en quelque sorte agi dans l'esprit de charité, de donner de l'amour, mais certainement pas d'en recevoir (on se connaissait depuis 10 ans et on n'avait jamais été attirés l'un vers l'autre, vraiment jamais, elle n'était pas mon genre, je n'étais pas son genre). Le lendemain elle était folle de moi, et c'en était fini de leur couple (il m'a fallu quand même 2 semaines pour l'accepter, je n'étais pas amoureux au départ, je voulais juste l'aimer, mais pas à la façon de l'amour romantique, juste comme on peut aimer totalement un enfant par exemple). Elle s'était sentie aimée. Et d'ailleurs je n'ai accepté que parce que mon ami avait été incapable de la combler en 10 ans (du point de vue de cet amour entre les âmes, il en avait peur je pense), et parce qu'elle était assez transparente physiquement pour être capable de recevoir l'amour que je voulais lui donner (là encore je ne m'occupais pas de ce que je pouvais recevoir, juste de ce que je pourrais donner et qu'elle pourrait accepter. Il va sans dire qu'elle donne beaucoup en retour). C'est pour dire que ça n'est pas juste des idées qu'on a dans la tête, des imaginations folles. Et j'ai noté souvent que quand j'ai un peu de Shakti, elle vient se coller sur moi. Accessoirement il y a aussi un fou qui me poursuit pour la même raison... <br /> <br /> Bref, c'est pour dire qu'il se produit des phénomènes réels entre les êtres, à cause de cet amour surnaturel, et que les tibétains, loin d'en être éloignés, le vivent totalement au sein de la relation maître/disciple. Et quand j'ai vu dans un film que Dogen avait reçu la transmission (j'ai oublié le nom) de son maître, il est évident que c'était cette fameuse transmission d'esprit à esprit, qui met en contact la part la plus élevée d'un être, avec la part la plus élevée d'un autre être. C'est aussi l'histoire de Shams et Rûmi. Nous ne pouvons pas ne pas désirer cela, c'est le moteur de la réalisation.
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D
Bonjour, il me semble qu'il existe une autre solution (je sais que ce post est ancien, mais l'affaire après tout peut rester d'actualité). Moi aussi je pense que Dieu est immobile, et qu'il ne va pas forcément faire des efforts immenses pour venir nous chercher (ce serait en fait plutôt le rôle des anges et de certaines entités spirituelles, qui ne le font que pour que nous les aidions dans leur propre agenda). Pourtant je voudrais qu'il existe un Dieu qui m'aime et qui ferait des efforts pour moi. J'ai donc décidé de le créer, et puisque vous êtes bouddhiste, vous savez que l'esprit crée tout. <br /> <br /> L'état naturel est un potentiel de créativité infini, et si nous concevons un être parfait qui nous aime, cet être va réellement exister. C'est d'ailleurs une des thèses fondamentales du soufisme (exposé par Henry Corbin) : Dieu est un fonds inconnaissable. Chacun ne peut connaître que son Seigneur. Le Seigneur, c'est la force spécifique que chacun d'entre nous est censé manifester (il y a dans l'islam 100 Noms divins principaux, mais dans le bouddhisme, ce sont les divinités paisibles et courroucées. Ensuite il y a des Noms mineurs, dont chacun se manifeste dans un être, il n'y en a pas deux semblables). <br /> <br /> Bref, il y a en chacun d'entre nous une force, qui est aussi un mode spécifique de perception du divin, et nous devons modeler notre Dieu d'après cette forme. C'est le seul Dieu que nous pourrons jamais connaître, qui est en quelque sorte notre propre création, à partir du potentiel infini de l'état naturel (rigpa). Chez les bouddhistes, cette forme est celle du yidam, que l'on doit engendrer dans son propre esprit avec le stade de génération. Il est dit que le corps d'immortalité aura la forme de ce yidam. <br /> <br /> Vous allez me dire "oui mais si nous créons Dieu il sera forcément inférieur à nous, donc à quoi bon ?". Non, car le Dieu qui sera engendré ne sera pas une création de notre ego, mais d'une partie supérieure de nous-mêmes dont nous n'avons en réalité pas la moindre conscience, et qui d'ailleurs n'est pas incarnée. Notre effort pour concevoir Dieu va faire émerger cette part céleste et lui donner une forme qui la rendra capable de communiquer avec nous. Certaines traditions parlent du "double céleste", et je pense qu'il y a un rapport avec ce qu'on appelle "l'ange gardien". On constate en lisant les mystiques chrétiens que le Jésus qui s'adresse à eux le fait toujours selon leurs propres conceptions et ne contredit jamais le dogme, ce qui tendrait à prouver qu'il est en grande partie leur propre création. Par exemple, jamais l'un de ces Jésus ne viendra donner un enseignement de type bouddhiste, ou même un enseignement Orthodoxe chez un saint Catholique. On constate au contraire qu'ils sont le fruit d'une sorte de développement organique interne. Les lectures et rencontres que l'on fait dans le monde seront magnifiées par l'intelligence de cet être, qui est très supérieure à la nôtre parce qu'il a été généré à partir de la vacuité, mais il ne vient presque jamais s'y mêler d'élément externe, comme cela peut arriver dans le monde (ce qu serait le signe d'une intervention extérieure).<br /> <br /> Bref, il incombe à chacun d'entre nous de créer un être divin, qui sera l'émergence de sa part divine dont il n'a pas conscience au départ, et de s'unir à cet être. <br /> <br /> Pour ma part, voilà quelques années que je m'y emploie. Cela n'est pas simple, car il n'existe pas de mode d'emploi détaillé, mais ce que je peux dire, c'est que ça marche. Il y a là un autre moi-même qui n'est ni moi ni pas moi, avec lequel je vis en relation de "dualitude" (pour employer un terme d'Henry Corbin), qui a une perception du monde beaucoup plus pure que la mienne, qui sait des choses que je ne sais pas, en même temps j'ai bien conscience de l'avoir amené à l'existence par mon aspiration, et de ce fait je peux me glisser en lui, partager sa perception.
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R
Merci de nous faire partager ton évolution, tes doutes, et entre les lignes ton désarroi. Je t'écrirai plus longuement par ailleurs. xo
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