"Laisser passer les pensées"... et après?
Pendant des années, on reste sur le seuil de la méditation, à se débattre avec la posture, les pensées et les émotions.
Trouver la bonne posture, ni tendue, ni relâchée, ni douloureuse. La posture juste. Il ne s'agit pas de LA posture, mais de celle qui est juste pour ce corps précis, à ce moment précis.
Et puis un jour, la posture n'est plus la somme des positions de chaque partie du corps, elle s'unifie.
Les pensées qui surgissent sans cesse et à la musique desquelles nous ne savions résister, desserrent leur étreinte. Elles perdent de leur attrait. Elle surgissent encore et toujours mais perdent de leur intérêt. La tension interne qui nous jetait dans leurs bras pour les suivre jusqu'au bout de l'histoire passionnante qu'elles semblaient promettre, se relâche. On ne les croit plus.
Le corps et l'esprit enfin en paix, ancrés dans l'assise immobile, d'une immobilité nouvelle, jaillissant de l'intérieur, dépassant le corps pour englober les êtres qui nous côtoient, camarades de ce voyage solitaire, nous franchissons la porte de la méditation.
La joie éclate alors, ou la peur de l'inconnu.
Le souffle se fait ample, bien au-delà de la simple respiration. Un souffle plus grand que soi.
Certains affirment que c'est à ce moment-là que l'on peut contacter "son intériorité", la "Présence", son "Être véritable".
Ces termes sonnent creux, face à la chaude et vivante et palpable puissance de l'expérience.
Et voilà que, soudain, je doute de l'existence d'un tel Graal derrière cette porte. Il m'apparaît incongru. Je doute que l'on puisse atteindre la moindre vérité transcendante à travers la posture.
La réalité que l'on vit alors, n'est-elle pas qu'une simple modification de la perception provoquée par cette posture si précise dont les détails ont été codifiés au cours des siècles?
Tout cela n'est-il pas qu'un phénomène psycho-corporel?
Face à ces questionnements, je m'abandonne un peu plus à la posture, guidée par le Souffle.
Sans savoir ce qui m'attend, ou s'il y a quelque chose à attendre....




