Une sesshin au Mordor
Te souviens-tu de la fin du film Le Seigneur des Anneaux ?
Au creux de la montagne du Destin, a lieu un combat épique entre Frodon et Gollum. Celui-ci tombe avec son précieux anneau dans la lave au coeur du volcan.
Frodon doit lutter contre la fascination du vide, de la lumière de la lave et contre le découragement. Il doit s'accrocher de toutes ses forces à la paroi et dans un ultime effort, saisir la main tendue de son ami Sam.
Durant zazen, je me suis trouvée dans la position de Frodon, il m'est apparu que m'abandonner aux pensées si fascinantes serait plonger à la suite de Gollum dans la fournaise et dans la mort.
Saisir la main de Sam consistait à m'agripper de toutes mes forces à la posture de zazen. La posture qui donne la vie et rend libre.
Mais l'anneau, contrairement au film, je l'ai trouvé au creux de mes mains.
Lorsque la posture est juste, le souffle s'engouffre au centre de l'anneau.
Ce souffle répété se met à le faire tourner et alors, sans chercher à le faire, peu à peu, le cercle s'élargit et englobe le corps tout entier qui en est illuminé
Lorsque l'énergie monte, les yeux encore fermés s'ouvrent d'eux-mêmes. Le souffle et les battements du coeur prennent vie.
Une vie ample et autonome qui dépasse le corps et englobe le dojo et la sangha toute entière.
Les pensées qui surgissent perdent de leur emprise.
La posture s'ajuste, les gestes se ralentissent et kin-hin peut prolonger, sans l'interrompre, l'ondulation de la respiration.
Toute agitation cesse.
Le temps file et se fige
Larmes de joie et de tristesse coulent en silence sans perturber l'esprit.
Zazen fait son oeuvre.
La paix illimitée devient perceptible.



