Lorsque la neige fond, où va le blanc ?
Tandis que Paris s'est éveillé sous la neige ce week-end, voici une jolie chronique d'Etienne de Montety dans le journal ce matin:
Neige
[nè-j'] n. f.
Annonce la saison du blanc
Neige, le mot crisse sous nos pas, blanc et poétique. La météo nous avait avertis du passage d'un épisode neigeux. Pourquoi la perspective du blanc appelle-t-elle la vigilance orange ? C'est ainsi.
La sagesse des nations assure que là où il y a de la gêne, il n'y a pas de plaisir. Retournons la gêne, sans toutefois pouvoir aller jusqu'à l'anagramme. Là où il y a de la neige, il y a du plaisir. Il n'est que de voir les yeux des enfants ce matin, qui brillent devant leur école transformée en classe de neige.
Est-elle poudreuse ou compacte, de ce matin ou d'antan, qu'importe le flocon pourvu qu'on ait l'ivresse. D'autant que ces jours-ci, il n'est nul besoin de gagner les cimes pour la connaître : elle est tombée en plaine et dans les villes. C'est la litanie du moment : neige, gelée et nez gelé.
Avec le manteau de froidure s'est installé un silence ouaté. La nature se tait alentour (écrit-on ainsi : chut ! de neige ? À vérifier...). Tout le monde est blanc sous la neige, le bon homme comme l'abominable. « La neige serait monotone si Dieu n'avait créé les corbeaux », disait Jules Renard (un renard est toujours enclin à faire des compliments à un corbeau). Nous, nous ne nous en lassons pas encore.
Profitons de la neige. Elle ne sera pas éternelle. Émerveillons-nous devant sa magie éphémère. Bientôt les saleuses la saliront. Une boule de neige, c'est léger, la fonte, c'est lourd.


