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Sur le chemin de la simplicité ...
12 mai 2013

«C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal» Hannah Arendt

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Je suis allée voir le film de Margarethe Von Trotta consacré à Hannah Arendt, en particulier à l'année 1961 durant laquelle elle assista au procès de Adolf Eichmann à Jérusalem, à la suite duquel celui-ci sera pendu. De bonnes présentations du film sont disponibles ici. et

 On peut trouver le film ennuyeux. Il s'attache à présenter la vie new-yorkaise d'Hannah à l'époque, entre ses cours et son entourage amical. Des flashback complètement inutiles rappellent sa relation amoureuse avec Martin Heidegger. Puis viennent le procès, la rédaction de son article pour le magazine The New Yorker et les réactions passionnées qu'il suscita, l'incompréhension générale qui fit de la sortie de son livre Eichmann à Jérusalem, un scandale.

   «Le geste fort d'Arendt fut de démythifier la question du mal. Nous avons une approche trop sentimentale du mal, que nous plaçons du côté de l'exceptionnel, du pathologique. Au contraire, pour Arendt, le mal devient extrême lorsqu'il passe un pacte avec l'absence de la pensée, avec la machine bureaucratique, avec la servilité. Le mal est une aliénation volontaire." Cynthia fleury

 J'ai un peu abordé Hannah Arendt lors de mes études et je connaissais sa pensée sur la "banalité du mal". J'ignorais en revanche les réactions que ses écrits avaient suscité et son attitude face à celles-ci. C'est cet aspect qui m'a particulièrement marqué: Hannah Arendt aborde le procès non du point de vue des victimes mais avec son regard de philosophe. Elle cherche à comprendre ce décalage entre l'énormité des faits reprochés à Eichmann et ce personnage qu'elle perçoit comme ordinaire, insignifiant, protégé dans sa cage de verre.

 Et voici ce qu'elle découvre: le mal survient lorsque l'on renonce à penser par soi-même mais que l'on se contente de suivre les ordres et la pensée dominante:

 "Eichmann a complètement abandonné cette qualité humaine caractéristique qui consiste à pouvoir penser. Par conséquent, il n'était plus en mesure d'apporter des jugements moraux."

 Hannah, elle, défend âprement son devoir de "penser". Elle est honnête, intègre et lorsqu'elle est prise dans la tempête, que ses plus proches amis, blessés, lui reprochent son arrogance, que les médias la descendent, elle reste droite et refuse d'abdiquer.

C'est ce souffle de liberté qui m'a plu dans ce film. Car il rejoint directement mon questionnement actuel: comment apprendre à être libre?

 

Arendt

Pour Hannah, la réponse est simple: il faut apprendre à penser par soi-même et ne jamais abandonner cette faculté. Quoi qu'il nous en coûte. La modestie n'est pas de mise ici:

"Qui était-il pour juger ? Qui était-il pour avoir des "idées personnelles sur la question"? Eh bien, il n'était ni le premier ni le dernier dont la modestie causa la perte."

L'exigence est grande. Pour être libre, il faut apprendre à se détacher de l'opinion des autres, des médias, du "politiquement correct", de l'avis des experts, des "sages" même, des pressions affectives de son entourage. Pour être libre, pour "penser par soi-même" il faut apprendre à être seul. Être solide et porter haut cette exigence.

Être libre exige d'être détaché des autres car l'attachement qu'il soit affectif ou intellectuel, reste une chaîne.

Le Bouddha parlait de "libération" de la souffrance, plutôt qu'en termes de "bien"et "mal". Mais avant même d'être libéré de la souffrance, il s'agit de suivre sa Voie, son "maître intérieur" de manière indéfectible. De ne se confier qu'à soi-même.

Certes les autres ne sont pas tous des obstacles, ils sont parfois des tremplins, des éveilleurs. Et je serais heureuse de pouvoir fréquenter un être réellement libre, un éclaireur sur le chemin. Pour l'instant, mes modèles viennent du passé: le Bouddha, Etty Hillesum et maintenant, dans une moindre mesure certes, Hannah Arendt, pour cette leçon de liberté intellectuelle.

Comment faire?

J'ai souvent du mal moi-même à me forger une opinion personnelle, à juger les autres. Je parle non d'un jugement à l'emporte pièce, mais d'un jugement sur la valeur profonde, sur la valeur en-soi d'un acte ou d'une oeuvre d'art.

"C'est beau", "c'est laid", "c'est bien", "c'est mal", sont des jugements que j'ai une grande difficulté à formuler. J'ai trop conscience de mes limites, de celles d'autri, de l'évanescence de toutes choses. Et je n'ai jamais vraiment fait miens les commandements divins. Cet aspect de la religion m'a, très tôt, été indifférent car je voyais que le désir puissant qui me portait vers l'interdit n'était pas "mal".

Ce qui me parle le plus c'est le critère du Bouddha: cela conduit-il à la souffrance, la mienne ou celle des autres êtres?, ou cela mène-t-il plutôt à la libération de cette souffrance?

Il s'agit pour moi non d'apprendre à juger de manière péremptoire mais d'apprendre à distinguer, dans le flot d'informations, de sentiments, de peurs ou de désirs qui se déversent en moi, ce qui est juste, ce qui est stable, ce qui est libre.

C'est zazen qui m'apporte cette capacité de discernement. Zazen et l'étude, le "laisser passer" d'un côté et la réflexion concentrée de l'autre.

Les deux liés et aussi indispensables l'un que l'autre.

 

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