Dialogue avec Elba sur le comportement d'un maître
«Chogyam Trungpa a surtout dérangé parce que son mode de vie n'était pas très conforme à l'idéal bouddhiste (et à n'importe quel modèle de bonne santé psychique). Il est mort alcoolique, semblerait-t-il. Personnellement, ça diminue mon enthousiasme pour ses écrits et plus encore pour son parcours de vie.
Mais j'avais lu un livre de lui assez intéressant, et surtout clair. J'imagine qu'il serait bien plus difficile de revenir aux textes dont Trungpa s'était inspiré pour écrire ses bouquins...»
Elba dans un commentaire à un article sur Trungpa
Je comprends tout à fait ta réaction, Elba. Le comportement de certains « maîtres » : appât du gain, manipulation, à des fins sexuelles, de disciples vulnérables… les disqualifie d’emblée à mes yeux.
Il est, pour moi, fondamental que le comportement d’un maître soit en accord avec son discours. Une profonde cohérence entre la parole et les actes est le signe d’une vue juste et c’est à cette condition que j’accorde ma confiance et que je choisis mon guide.
Mon critère est double pour ne pas me perdre dans la jungle des charlatans qui prospèrent dans le domaine de la spiritualité : un discours de vérité et une profonde bienveillance, un profond amour des autres.
Seulement le maître reste un être humain.
Avec ses failles, ses zones d’ombres, son karma.
Qu’un maître se mette en colère, boive excessivement, ait de multiples partenaires sexuels… tous ces comportements qui choquent la morale ne m’arrêtent pas, en soi. (Même s’ils peuvent me mettre en alerte et m’interroger bien sûr.)
Car la valeur d’un homme ne se mesure pas à ce comportement. L’essentiel est ailleurs. « Il faut juger l’arbre à ses fruits» disait Jésus.
Le Bouddha, pour nous aider à trouver le comportement juste, conseillait de nous interroger : quels seront les fruits de mon action ? Si elle provoque de la souffrance, c’est un indice qu’elle n’est pas appropriée.
Trungpa a un discours qui a transformé la vie de nombreuses personnes. Il les a rendus plus ouverts, plus aimants, plus vivants. Il les a libérés de la cage dans laquelle ils dépérissaient.
J’ai ainsi appris que, parfois, l’exigence de cohérence peut devenir rigidité, que l’ego et ses conceptions morales bien figées et hypocrites a parfois besoin d’être bousculé, d’être choqué.
Trungpa jouait énormément de la déstabilisation de l’ego, créait volontairement une panique chez ses étudiants pour les forcer à quitter leur zone de confort et à trouver l’équilibre dans le chaos de l’existence.
Alors, certes, Trungpa buvait excessivement, sans que cela ne semble affecter sa lucidité, sa parfaite cohérence et sa formidable énergie créatrice et libératrice.
Je ne tente pas de justifier ici la consommation excessive d’alcool. Je sais, d’expérience, que c’est souvent une fuite devant la souffrance, un moyen inapproprié qui semble pourtant parfois la seule solution accessible pour continuer vivre au milieu de nos détresses.
Je ne sais rien des détresses de Trungpa, mais mon affection pour lui et mon appétit pour son enseignement dépasse largement cette question.
Trungpa possède à mon avis une voix suffisamment forte, originale et inspirante, pour nous encourager à l’écouter et à examiner ce qu’elle fait résonner en nous.
«La sainteté ne consiste pas à devenir un être divin ou surhumain, mais plutôt à être pleinement et simplement humain.» p.64
Merci Elba de ton commentaire.


