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Sur le chemin de la simplicité ...
16 mai 2014

Dialogue avec Elba sur le comportement d'un maître

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«Chogyam Trungpa a surtout dérangé parce que son mode de vie n'était pas très conforme à l'idéal bouddhiste (et à n'importe quel modèle de bonne santé psychique). Il est mort alcoolique, semblerait-t-il. Personnellement, ça diminue mon enthousiasme pour ses écrits et plus encore pour son parcours de vie. 

Mais j'avais lu un livre de lui assez intéressant, et surtout clair. J'imagine qu'il serait bien plus difficile de revenir aux textes dont Trungpa s'était inspiré pour écrire ses bouquins...»

Elba dans un commentaire à un article sur Trungpa

 

Je comprends tout à fait ta réaction, Elba. Le comportement de certains « maîtres » : appât du gain, manipulation, à des fins sexuelles, de disciples vulnérables… les disqualifie d’emblée à mes yeux.

Il est, pour moi, fondamental que le comportement d’un maître soit en accord avec son discours. Une profonde cohérence entre la parole et les actes est le signe d’une vue juste et c’est à cette condition que j’accorde ma confiance et que je choisis mon guide.

Mon critère est double pour ne pas me perdre dans la jungle des charlatans qui prospèrent dans le domaine de la spiritualité : un discours de vérité et une profonde bienveillance, un profond amour des autres.

Seulement le maître reste un être humain.
Avec ses failles, ses zones d’ombres, son karma.

Qu’un maître se mette en colère, boive excessivement, ait de multiples partenaires sexuels… tous ces comportements qui choquent la morale ne m’arrêtent pas, en soi. (Même s’ils peuvent me mettre en alerte et m’interroger bien sûr.)

Car la valeur d’un homme ne se mesure pas à ce comportement. L’essentiel est ailleurs. « Il faut juger l’arbre à ses fruits» disait Jésus.

Le Bouddha, pour nous aider à trouver le comportement juste, conseillait de nous interroger : quels seront les fruits de mon action ? Si elle provoque de la souffrance, c’est un indice qu’elle n’est pas appropriée.

Trungpa a un discours qui a transformé la vie de nombreuses personnes. Il les a rendus plus ouverts, plus aimants, plus vivants. Il les a libérés de la cage dans laquelle ils dépérissaient.

J’ai ainsi appris que, parfois, l’exigence de cohérence peut devenir rigidité, que l’ego et ses conceptions morales bien figées et hypocrites a parfois besoin d’être bousculé, d’être choqué.

Trungpa jouait énormément de la déstabilisation de l’ego, créait volontairement une panique chez ses étudiants pour les forcer à quitter leur zone de confort et à trouver l’équilibre dans le chaos de l’existence.

Alors, certes, Trungpa buvait excessivement, sans que cela ne semble affecter sa lucidité, sa parfaite cohérence et sa formidable énergie créatrice et libératrice.

Je ne tente pas de justifier ici la consommation excessive d’alcool. Je sais, d’expérience, que c’est souvent une fuite devant la souffrance, un moyen inapproprié qui semble pourtant parfois la seule solution accessible pour continuer  vivre au milieu de nos détresses.

Je ne sais rien des détresses de Trungpa, mais mon affection  pour lui et mon appétit pour son enseignement dépasse largement cette question.

Trungpa possède à mon avis une voix suffisamment forte, originale et inspirante, pour nous encourager à l’écouter et à examiner ce qu’elle fait résonner en nous.

«La sainteté  ne consiste pas à devenir un être divin ou surhumain, mais plutôt à être pleinement et simplement humain.» p.64

Merci Elba de ton commentaire.

 

Commentaires
E
Quant à partager mon cheminement, avec plaisir, mais je préfère ne pas entrer dans les détails en public, par souci d'anonymat ;) Peut-être plutôt par mail.
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E
Il y a une différence entre consommer de l'alcool (ou de la drogue) pour ouvrir sa conscience, chose que j'ai faite moi-même avec certaines substances et que j'ai appréciée, et devenir alcoolique, c'est-à-dire dépendant. Tout instrument est à double tranchant, oui... Et j'estime que le tranchant "dépendance" n'est jamais positif en aucune manière. Peut-être qu'au départ, Chögyam Trungpa en a fait cet usage spirituel, mais il semble avoir dérapé.<br /> <br /> <br /> <br /> Il est possible que je me trompe le concernant. Néanmoins d'après mes souvenirs, il était véritablement addict et pas uniquement consommateur, il s'est détruit sinon l'esprit du moins la santé et le corps avec la boisson, et a fait souffrir certains proches. Donc je trouve hypocrite de tenir un discours "spirituel" sur ce style de vie, et honnêtement, je pense que pour ses anciens disciples ou pour ses nouveaux adorateurs 'il s'agit d'une manière de sauver leur idole à leurs propres yeux. Quand une pratique quelconque aboutit à la mort, je considère qu'elle était soit trop extrême et donc mal employée, soit carrément déviante. <br /> <br /> Midal écrit : "Personne ne peut témoigner d’un geste, d’une parole, d’une action qui ne soit pas juste"... Ce n'est pas ce que j'ai lu ailleurs.<br /> <br /> <br /> <br /> Cela étant, mes lectures sur ce maître ne sont évidemment pas exhaustives et je ne me permettrais pas de trancher de façon absolue sur un homme que je n'ai pas connu. C'est juste l'interprétation la plus vraisemblable à mes yeux au vu des éléments glanés. Je conçois qu'on préfère en retenir une autre et je ne prétends pas détenir une vérité instituée.<br /> <br /> <br /> <br /> Pour moi Jésus n'est pas un maître identifiable, mais c'est une autre histoire :D Oui les enseignements de morts peuvent toujours nous atteindre. Sauf que... Sauf que ce sont leurs mots qui restent, et non l'être qui les a écrits. Je ne crois pas du tout qu'un texte puissant soit forcément la preuve d'un esprit sage. Certaines personnes adorent lire Osho, par exemple. Il les touche, les bouleverse, les change... Pourtant il ne fait pas de doute qu'il a baigné dans des affaires pas nettes. J'avais aussi été surprise de découvrir que Alan Watts, dont certains textes m'avaient réellement éclairée, était en fait une sorte d'usurpateur talentueux. <br /> <br /> Mais bref je voulais surtout dire qu'à titre personnel, je ne me base pas sur des ouïes dires : savoir que Ma Ananda Moyi transcendait ceux qui l'approchaient ne m'apporte rien en soi. En revanche contempler ses photos éveille une dimension profonde en moi. C'est cela qui m'importe. Je ne dirais pas qu'elle est toujours vivante, mais qu'une trace de sa présence a été immortalisée pour nous donner accès à son souvenir... Avec d'autres, ce travail se fait grâce aux mots qu'il ont transmis. Or les mots de Trungpa, contrairement à l'image qu'il a donnée et à la réputation qui lui est faite, m'ont toujours semblé très convenus. Intéressants comme est intéressante une leçon d'histoire ou de philosophie, mais sans autre portée. Après, encore une fois, c'est une chose tout à fait personnelle.<br /> <br /> <br /> <br /> Tu dis : "Il a cherché à adapter cet enseignement en le dépouillant des éléments de culture tibétaine trop étrangers à l’esprit occidental, pour toucher au plus près le cœur et l’esprit de ses étudiants." <br /> <br /> Peut-être est-ce la raison pour laquelle il me touche aussi peu... A la lecture de Trungpa, j'ai une certaine impression de vide, de manque de substance. Un peu comme un texte pseudo-littéraire écrit pour apprendre à lire et non pour la beauté de la chose. Comme si son oeuvre s'était abreuvée à des sources importantes, mais sans en être bien irriguée.<br /> <br /> <br /> <br /> "Il était par ailleurs reconnu par les plus hauts dignitaires bouddhistes, dont le Karmapa, chef de l’école Karma Kagyü, comme un maître authentique" <br /> <br /> Oui... Et alors ? :D J'ai trop entendu parler de "maîtres authentiques" ou de lamas (chez les tibétains) reconnus qui avaient des conduites très limites. Je ne peux pas les sanctifier parce qu'ils ont reçu tel ou tel titre, telle ou telle reconnaissance. <br /> <br /> Du reste, que Trungpa ait apporté des choses à l'Occident, je veux bien le croire et même n'en doute pas. Personne - ou disons peu de monde - est tout noir ou tout blanc... C'était très certainement un maître charismatique, d'envergure, et bien d'autres choses encore. Mais il peut y avoir un mais.<br /> <br /> <br /> <br /> J'a pas mal lu en effet, sans être spécialement érudite, mais j'ai tendance à oublier les noms des auteurs que je croise, pour ne garder qu'une empreinte semi-consciente des enseignements qui m'ont plu...<br /> <br /> J'aurais donc du mal à te citer des noms précis. Krishnamurti m'a beaucoup marquée, et a ouvert des portes en moi ; j'ai aimé lire Maître Eckhart ou Rûmi ; et dans la branche bouddhiste, j'ai été sensible à Hakuin, Tendzin Palmo... Mais j'en oublie et peut-être des plus importants. <br /> <br /> <br /> <br /> Bonne journée ;)
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E
Pour moi, les conduites immorales (au sens : nuisibles pour autrui) disqualifient immédiatement tout prétendu guide. Et pourtant, certains restent capables - de manière purement hypocrite - d'écrire de très beaux textes, d'une réelle valeur spirituelle, en s'inspirant d'auteurs anciens. Alors faut-il refuser de les lire parce qu'on connaît leur vraie nature?... Possible. Je ne sais pas. Je crois qu'on aurait tord de supposer qu'une belle ordure est incapable de produire une oeuvre intéressante. Mais d'un autre côté, je n'en ferai jamais mon "maître" et j'aurai tendance à privilégier d'autres sources. <br /> <br /> <br /> <br /> Quand les conduites ne sont pas immorales en soi (l'alcoolisme n'est pas, à mon sens, une faute éthique, juste une preuve de souffrance), le problème n'est pas pour moi si différent. Car sans être forcément menteur ou volontairement dissimulateur comme les maîtres cités ci-dessus, je considère qu'un être suffisamment détruit intérieurement pour sombrer dans l'alcool (ou dans la drogue, ou dans une psychopathologie durable...) ne sera jamais en juste résonance avec un message de sagesse, de paix, de bonheur durable. Il risque beaucoup de plaquer des idées qui peuvent être très bonnes dans leur fond, mais qu'il ne vivra pas en son for intérieur. Alors tant qu'à faire, je préfère aller vers ceux dont l'expérience est plus complète et authentique. Ça ne m'empêchera pas de continuer à lire Trungpa et ses compères tant qu'ils me sembleront dignes d'intérêt... Mais ils seront toujours relégués en deuxième place. Parce que lire dans la bouche d'un alcoolique/dépressif des choses comme : "vous voyez, vous êtes encombrés dans vos pensées, faites telle chose, et telle autre chose pour atteindre la sagesse que moi je connais" (je me réfère à mes souvenirs d'un livre de Trungpa), je trouve que ça devient un peu gênant voire même risible^^. Et ceci dit sans irrespect pour les alcooliques ou les dépressifs, connaissant moi aussi le problème (je n'ai jamais été alcoolique mais j'ai déjà eu recours à des addictions pour lutter contre mes peines).<br /> <br /> <br /> <br /> Il faut aussi admettre que - pour moi du moins - tout enseignement puise sa force à la fois de son contenu en lui-même et de l'exemple offert par celui qui le donne. Et l'exemple du malheur n'est pas très convaincant, ne suscite pas l'envie d'en faire son guide. Je ne pense pas qu'il soit question d'ego trop exigent mais juste de bon sens.<br /> <br /> <br /> <br /> De même je suis certaine que certains "maîtres" ou "guides" et autres enseignants spirituels font du buisness autour de concepts à la mode. Les reprennent à leur sauce, les mettent en forme avec brio... Sans en faire eux-mêmes l'expérience intime. Ils ne cherchent pas à nous nuire, ne se rendent pas coupables d'abus quelconque (je parle d'abus d'argent, d'abus sexuel, etc.)... Mais ils mentent sur la vérité de leur vécu. Ou bien ils la "vendent" à un prix un peu trop coûteux pour être bien honnête. Et pourtant ils nous apportent parfois des méthodes réellement puissantes et efficaces. Alors je prends ce qu'il y a à prendre, mais j'évite de renflouer leurs caisses... <br /> <br /> <br /> <br /> Quant à la valeur de Trungpa en tant qu'enseignant "direct" pour ses anciens disciplines, je ne la connais pas et elle ne m'intéresse pas spécialement : il est mort, la question ne se pose plus pour moi d'aller ou non à sa rencontre. Je m'interroge seulement sur la valeur de ses écrits. Avait-il des qualités particulières pour que, malgré ses tourments manifestes, il soit capable d'atteindre certaines vérités fortes et de les transmettre savamment dans ses textes? Moi j'estime que non, pour ce que j'en ai lu. Je l'ai juste trouvé clair et pédagogue. Assez basique.D'autres personnes me touchent plus, et m'ont l'air de faire vraiment vibrer leurs mots quand elles écrivent... Après, c'est aussi bien sûr une affaire de sensibilité ;) <br /> <br /> Par contre je me demande à quel point un homme comme Trungpa avait une spiritualité réelle derrière ses multiples problèmes... Et s'il n'a pas seulement repris à son compte des enseignements tibétains (d'autres auteurs, donc) en les aménageant avec talent. C'est d'ailleurs avant tout une question de curiosité. Avec quand même derrière l'envie de découvrir ses sources pour en mesurer l'intérêt éventuel...
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En ce moment je lis:

Le Livre de ma vie

par sainte Thérèse d'Avila

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